J’aime la discrète puissance du mot étincelle (une étincelle peut mettre le feu à la plaine). C’est un mot aussi élégant et féminin que le mot libellule. Ce n’est ni brutal ni grossier comme le mot pouvoir. Par contre, le mot sexe n’a pas de genre à mon avis. Pourtant, il n’est pas neutre. Plutôt explosif…Curieusement je n’aime pas les dictionnaires. Je n’accepte pas l’idée qu’on puisse définir les mots. J’ai recopié ceux que j’aime dans un cahier et je leur ai donné, à chacun, un sens personnel. Cela peut varier selon mon humeur. Le mot tristesse, par exemple, m’a toujours semblé un mot très gai, d’une gaieté imbibée d’alcool. Alors que le mot joie me fait terriblement peur (un mot de deuil). La mort accompagne toujours la joie. Alors que je vois des pierreries dans le mot tristesse, la lettre S étant, pour moi, la plus raffinée de l’alphabet. Dès que je trouve un mot qui me plaît, je sors mon cahier noir pour le noter.
Dany Laferrière, Le cri des oiseaux fous



